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Ouest -France

découvre la palette

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Miracle de Noël ? Le 26 décembre, la palette est à l'honneur dans les pages du quotidien régional le plus lu dans l'hexagone!
Certes l'article est perçu par beaucoup de professionnel comme de la "publi-information" puisqu'il évoque un site internet commercial adepte des coups médiatiques, dont le fondateur a récemment créé un "institut européen de la palette" (la fédération européenne dont les membres travaillent dans l'ombre depuis quelques décennies en sourit encore). Mais nous ne bouderons pas notre plaisir car la savoureuse prose de François SIMON, journaliste poète et romancier, nous fait oublier le caractère polémique de cette petite querelle pour nous tranporter dans un univers onirique dont le centre est notre infatigable outil de manutention : la palette.

   

Je ne résisterai donc pas à vous présenter quelques extraits de cet article, dont l'évocation dans la presse audio visuelle nationale a fourni à notre "brouette du vingtième siècle" un court moment de gloire.

Bloavez Mad, Monsieur SIMON !

 
        JMT
   

 

Un double plancher de bois, une poignée de clous : c'est la palette. Des centaines de millions circulent sur la terre. Sans elle, tout s'écroule.

« Supprimez la télé, vous vivrez pareil. Faites enlever les palettes de la surface du globe, plus rien ne fonctionne. On ne transporterait plus, on ne stockerait plus, on ne produirait plus. [...] oui, cet engin de bois résineux (à 97 %), pesant une vingtaine de kilos, percé de 54 clous, vendu entre 5 et 10 € est à ranger au panthéon des trouvailles géniales. Sur la glorieuse étagère où trônent la Sécurité sociale, la pénicilline et l'ordinateur.
[...] sans palette de transports, pas de médicaments, pas d'écrans plats. Et même pas de journal où vous lisez ces lignes.

La palette, qu'est-ce ? « Un élément de sol transposable. » Le socle mobile du monde. Une machine à transporter, à transiter, à terrasser les distances. Une sorte de tapis volant, roulant, naviguant sur lequel le genre humain entasse tout ce qui lui importe. La palette est un pigeon voyageur non bagué qui aurait une force herculéenne et zélée. Un pur coup de génie bricolé maison avant lequel il n'y avait que le dos des femmes et des hommes. Et la douleur tâcheronne des mille misères.
La France en fabrique 70 millions.

Où est-elle née ? Sous un casque lourd, dans une tête américaine, au milieu du XXe siècle et d'une guerre qui s'achève : « Les premières palettes apparaissent en Australie où les Américains débarquent et embarquent leur matériel pour gagner leur guerre contre le Japon. En 1945, ils laissent derrière eux une montagne de palettes. C'est là où elle commence à nous changer la vie. »
Rapidement, cet auxiliaire militaire se recycle fort civilement en ustensile de paix. L'Amérique du Nord, l'Europe, l'Asie du Sud-Est s'en emparent. Car cette logistique est fantastique. Et mathématique. Ce carré de bois qui ne craint rien si ce n'est « un coup de fourche d'élévateur », a été « calculé pour ». Conçu comme un multiple du sac de quinze kilos. Et un sous-multiple des plateaux de camions, des cales de bateaux ou des soutes d'avion. Soeur de lait du chariot élévateur, elle va comme un gant à une économie mondiale qui fait des échanges le moteur du monde. Elle a proliféré sur la vague porteuse des flux tendus. Rien qu'en Europe, 3,5 milliards de rotations de palettes sont enregistrées tous les ans.

Cette année, la France en a fabriqué 70 millions. Il circule, chez nous, entre 600 et 700 millions d'unités. Entre 120 et 150 millions attendent leur heure, en magasin, avec des pyramides de stocks sur le râble. Faites cent mètres dans la rue en ouvrant les yeux. Ce serait bien le diable si vous ne tombiez pas sur une de ces valeureuses croulant sous une demi-tonne de ciment. Ou deux solitaires posées sur la tranche réservant une place de stationnement pour un déménagement. Voire, une sacrifiée qui brûle de sa belle mort, incendiée par des manifestants en colère.

Elle est partout, la discrète. On en use, on s'en sert et on ne la voit guère [...]
Car la palette, la palette silencieuse et butineuse, nous apporte tout sur un plateau, dans nos usines, nos magasins et même au seuil de notre porte : « Chaque Français génère, en moyenne, huit kilos de marchandises par jour. Soit trois tonnes par an. Et c'est la palette qui nous livre. Pour vous, comme pour moi, une palette inconnue assure dix rotations dans l'année. » Neuf de plus que le Père Noël.

François SIMON.

nota : nous avons supprimé les références à une société commerciale faisant actuellement l'objet d'une polémique. Vous trouverez l'intégralité de cet article sur le site internet du journal Ouest-France "www.Ouest-France.fr".